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Les trois questions qui suffisent à démarrer

Il n’y a pas de diagnostic sérieux sur un brief vague. Avant de nommer un outil, avant même de classer quoi que ce soit, il y a trois questions à poser, une par une, dans cet ordre, en langage courant. Pas de vocabulaire technique : ce sont des questions qu’on pose autour d’une table, pas dans un cahier des charges.

Si vous arrivez ici parce qu’on vous répète que l’IA va vous laisser sur le carreau si vous ne bougez pas tout de suite, voici vos propres chiffres avant d’aller plus loin : d’après l’étude Bpifrance Le Lab menée en 2025 auprès de 1 209 dirigeants de PME et ETI, 60 % des entreprises n’ont ni stratégie IA formalisée, ni budget dédié, ni responsable identifié. Vous n’êtes pas en retard sur vos pairs. Vous pouvez décider aujourd’hui sans urgence fabriquée. Ceci dit, passons aux trois questions.

La première : ce qui se répète

« Qu’est-ce qui se répète le plus dans votre activité ? Les tâches où vous vous dites « encore » à chaque fois. » Demandez trois à cinq réponses, dans les mots de la personne qui répond, pas reformulées.

Remarquez ce qu’on ne demande pas : on ne demande pas « où l’IA pourrait-elle aider ». On demande ce qui se répète. La technologie n’entre nulle part dans cette première question. C’est volontaire : elle vient bien plus tard, et seulement pour certains candidats.

La deuxième : qui, combien de fois, combien de temps

Pour chaque tâche nommée : à quelle fréquence, qui s’en occupe, et combien de temps ça prend par semaine, à vue de nez. Deux choses comptent autant l’une que l’autre : le volume, et la personne. Une heure de dirigeant et une heure d’un poste d’exécution ne pèsent pas la même chose dans une décision d’automatisation.

Prenez la première réponse avec précaution. Les premières estimations sont gonflées d’un facteur 2 à 5. C’est le sujet entier de l’étape suivante. Pour l’instant, notez le chiffre ressenti sans le corriger : vous en aurez besoin comme point de départ.

La troisième : le risque, posée dès le départ

« Si une de ces tâches était mal faite, et que personne ne s’en rende compte pendant une semaine, qu’est-ce qui se passerait ? » Ne vous arrêtez pas à un « ça poserait problème ». Poussez vers une conséquence concrète : une facture erronée, un client mécontent, un problème juridique. Ou, honnêtement, rien du tout.

Cette question est posée en premier, avant tout calcul de temps ou de faisabilité, parce qu’elle décide de tout le reste. Une tâche où l’erreur ne se voit jamais et ne coûte rien se traite très différemment d’une tâche où l’erreur touche un client ou engage l’entreprise. C’est la matière brute de l’échelle de risque, posée avant même de savoir si la tâche vaut la peine d’être automatisée.

Qui doit être dans la pièce

La deuxième question (qui, combien de fois, combien de temps) s’adresse à la personne qui fait réellement la tâche, pas uniquement à celle qui la commande. Un dirigeant qui répond à la place de la personne qui exécute devine, il ne compte pas ; il sous-estime souvent les interruptions et les allers-retours, et surestime parfois la difficulté d’une tâche qu’il ne fait plus lui-même depuis des années. Si la personne concernée n’est pas dans la pièce, notez la réponse comme provisoire et revenez la vérifier avant de l’utiliser dans un classement.

Une question à la fois, pas un questionnaire

Ne posez pas les trois questions d’un coup, en formulaire. C’est ce qui transforme un diagnostic en case à cocher, et une case à cocher n’obtient jamais une réponse honnête. Elle obtient une réponse rapide. Posée seule, à voix haute, chaque question laisse le temps de chercher un exemple réel plutôt que de deviner une moyenne. C’est vrai en réunion comme dans le diagnostic interactif, qui reprend cet ordre en ligne, une question par écran.

Pourquoi cet ordre, et pas un autre

L’ordre n’est pas arbitraire. On demande d’abord ce qui se répète (le quoi), ensuite combien ça coûte (le combien), enfin ce qui arrive si ça casse (le risque). Sauter directement à « quel outil » avant d’avoir ces trois réponses, c’est la manière la plus fiable de choisir le mauvais projet : celui qui impressionne en démonstration mais ne tient pas une fois en production.

Un dirigeant qui arrive avec « on devrait automatiser les emails » n’a pas encore répondu à une seule de ces trois questions. Tant que ce n’est pas fait, il n’y a pas d’avis à donner, seulement des questions à reposer.

Répondre approximativement plutôt que ne pas répondre

Cette grille n’a pas besoin d’un interrogatoire interminable pour produire un résultat exploitable. S’il manque une réponse précise après un tour de questions raisonnable, notez-le comme une hypothèse et avancez : un classement qui affiche ses hypothèses vaut mieux qu’un classement retardé indéfiniment en attendant une information parfaite. Vous ajusterez l’hypothèse au fur et à mesure, en commençant par le recomptage de l’étape suivante.

Ce que vous devez avoir en sortant de cette étape

Vous devez sortir de là avec trois à cinq tâches nommées dans vos propres mots, un volume ressenti pour chacune, et une phrase de risque par tâche. Rien n’est encore chiffré ni classé : c’est le travail des étapes 2 à 4. Cette matière existe aussi sous forme d’outil qui pose ces questions pour vous et calcule le reste : le diagnostic interactif, ou la skill ask-nath si vous préférez la faire tourner dans ChatGPT ou Claude.

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